Du plein et du vide

Un des aspects les plus inattendu de l’élection de Donald Trump est de laisser nombre d’opposants au mondialisme sur le carreau. Si la nouvelle administration enclenche une détente avec la Russie et son exigence multipolaire, ils verront s’évanouir leur meilleur ennemi. Si Donald Trump rejette le multilateralisme au profit du bilateralisme, il pourrait bien affaiblir le libre-échange sous contrôle des firmes multinationales, déjà mis à mal depuis la crise économique de 2007.

On a peine à y croire au pays des trusts et de leurs actionnaires ! Serait-ce un tour de passe-passe à la Sun Tzu pour mieux confondre ses adversaires ? Les premières réactions de cette administration semblent pourtant montrer que non.

La Russie s’était jusque-là bien accommodée de ce cheval fou qu’était le néo-conservatisme. En bon judoka, Vladimir Poutine a su retourner toute l’hybris  atlantiste contre elle, au plus grand profit de la Russie. Il en restera une Crimée dorénavant russe. Nul dirigeant ne jouit d’une telle popularité à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières. La Russie a repris pied au Moyen-Orient et son influence se fait sentir à l’échelle du globe. Toutefois, si cette poussée atlantiste cesse subitement, la contre-poussée russe risque de s’exercer dorénavant  dans le vide. C’est donc aussi une période de transition diplomatique pour la Russie. Sur les guerres syrienne et ukrainienne, l’entente semble facile à trouver si l’administration américaine arrive à reprendre la main sur la politique extérieure des États-Unis. Sur le bouclier anti-missiles aux portes de la Russie, cela sera moins évident. Ce n’est pas parce que les Américains abandonnent leur projet impérialiste unipolaire qu’ils vont cesser de vouloir être la première nation du monde. Vouloir dépasser l’équilibre des puissances que l’URSS a cherchée et su imposer a toujours fait partie des objectifs américains, détente ou pas. Une participation de la Russie à ce bouclier serait naturellement la solution la plus évidente, mais il n’est pas dit qu’elle soit facile à obtenir ni que la Russie puisse le souhaiter.

De la même manière tous ceux, en France, qui ont fondé leurs discours contre les États-Unis devraient se trouver forts désemparés. On peut penser à l’UPR de Francois Asselineau, car si l’ennemi déclaré est l’UE, les principaux coupables étaient jusque-là les États-Unis qui avaient contribué  à son édification selon leurs intérêts. Étrangement, l’Allemagne, principale bénéficiaire de cette construction alambiquée est rarement mentionnée avec la même animosité. Pourtant, l’on peut bien parler d’aigle à deux têtes même si l’une est plus forte que l’autre.

De même, ceux qui avaient fondé leur discours sur la disparition de la droite et de la gauche en un même conglomérat informe pourraient en être pour leurs frais. On peut penser ici, entre autres, au FN. Car, à partir du moment où la poussée impérialiste cesse, les anciennes dichotomies politiques devraient naturellement réapparaître et il ne sera alors plus prépondérant d’être pour ou contre l’impérialisme et ses avatars puisque il aura cessé d’être.

C’est d’ailleurs la faiblesse des positions uniquement contre ou opposé à ; une fois que ce quelque-chose disparaît, l’on disparaît avec. D’où l’importance de fonder des projets en positif qui procèdent de notre volonté propre et désignent un horizon autonome sans se laisser fixer par les turpitudes de la géopolitique et de l’économie. À cet égard, droite et gauche devraient retrouver droit de cité, sous une forme probablement différente de celle que l’on avait pu connaître par le passé. 

 

Chansonnette : Amerika par Rammstein

Image : Représentation de Sun Tzu.

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Raison d’être de ce blogue

Laurence Olivier, réalisateur et interprète de "Hamlet" en 1948. ©Rank

Carnet de notes ou pense-bête intellectuel sans prétention aucune. Je cherche aussi une autre manière d’utiliser Internet, moins passive et routinière. Il doit être assez pratique de commenter ce qui a été vu, lu ou entendu sur la toile … directement sur la toile ;  avant de trop souvent rapidement l’oublier. Mais je ne  limiterai pas mes commentaires à la blogosphère, j’espère que ma « cerveausphère » n’est pas encore totalement asservie au « http://www.cerveau-global », la bien nommée toile d’araignée mondiale. Je ferai donc profiter en retour cette technosphère arachnéenne – divinité moderne mortelle s’il en est – de quelques unes de mes élucubrations neuronales, parfois fort intriquées elles aussi. Qu’elle s’en débrouille.

Quant au style, ma foi, je ferai de mon mieux pour être compréhensible, même si ce ne sont là que des annotations que l’on gribouille en marge d’un cahier ou d’un livre et d’abord pour soi-même. Mais après tout, qu’y a-t-il de plus dans nos bibliothèques ?

« Les idées, rien n’est plus vulgaire. Les encyclopédies sont pleines d’idées, il y en a quarante volumes, énormes, remplis d’idées. (…) Mais ça n’est pas la question. Ce n’est pas mon domaine, les idées, les messages. Je ne suis pas un homme à message. Je ne suis pas un homme à idées Je suis un homme à style. »

Céline.

Citation copiée de cet article critique de Frédérique Leichter-Flack. Mais laissons le style aux stylistes, ce sont encore eux qui en parlent le mieux :

Lecteur en goguette, je te souhaite la bienvenue. Si le cœur et l’esprit t’en disent, tu es joyeusement convié à partager ma table, le temps d’une chansonnette.

 

Chansonnette : Tu mirá par Lole y Manuel

Image :  Rank. Laurence Olivier, réalisateur et interprète de « Hamlet » en 1948.

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