L’alliance électorale entre Nicolas Dupont-Aignan et Marine le Pen est un des points saillants de la campagne de deuxième tour. C’est une tentative supplémentaire de briser ce front médiatique dit républicain qui appuie sur ce plafond de verre de toute sa malhonnêteté intellectuelle. Car, même si le Front National a une histoire, force est de reconnaître qu’il n’a, dans les faits, rien d’anti-républicain.

C’est une alliance qui conduit, bien que le FN s’en défende, à une reconfiguration importante de son discours médiatique qui va au-delà de ce qu’aurait réclamé une simple alliance entre deux projets identiques à 90 %. Le FN profite de cette alliance pour adoucir considérablement ses positions revendicatives au sujet de l’euro et de l’UE. Si la sortie de l’euro n’est plus la priorité, cela signifie qu’une politique économique souveraine ou patriote est applicable dans ce cadre-là selon le FN. Cet infléchissement du discours nous révèle beaucoup de la pusillanimité des électeurs français et en particulier de ceux qui votent pour le parti Les Républicains (qui comprend une grande proportion de retraités) à qui ce discours s’adresse en priorité. Quinze jours ou un mois de campagne présidentielle semblent insuffisants pour envisager l’émergence d’un débat essentiel qui a été déformé par trente ans de matraquage médiatique et d’intimidations envers les épargnants en cas de sortie de l’euro. Cela, alors même que l’épargne des retraités est, dans les faits, réellement menacée par les directives de l’UE (bail-in).

Cette distorsion du champ politique par les médias dominants est une donnée incontournable dans tout calcul électoral. Plus que sur une argumentation raisonnée, il apparaît alors nécessaire de s’appuyer, ou tout du moins de prendre en compte, l’artefact émotionnel crée par ceux-ci dans tout discours électoral se voulant le plus rassembleur possible. Les 0,92 % de l’UPR au premier tour en témoignent aussi à leur façon. Si concomitamment à la concentration de plus en plus importante des médias dans un nombre toujours plus restreint de mains on assiste à la prolifération d’opinions diverses et indépendantes sur Internet ; il semble que cela s’avère insuffisant pour contrer le discours des médias de diffusion de masse, contrairement au rôle joué aux États-Unis par les médias alternatifs lors des dernières élections présidentielles. On peut évoquer plusieurs raisons à cela. L’absence d’un WikiLeaks et d’un Breibart francophones ; même si Égalité & Réconciliation à une certaine audience, ses positions ne recouvrent pas celles du FN ou de son électorat et aucun média alternatif n’a les capacités d’alerte ou d’investigation d’un WikiLeaks. Une plus faible pénétration des outils informatiques et d’utilisation d’Internet parmi la population la plus âgée comparativement aux États-Unis. Et, bien sûr, l’unanimisme médiatique qui règne en maître sur tout ce qui touche à l’UE et à l’euro depuis trente ans.

L’avenir dira si cette alliance est un tournant dans la recomposition de la droite française comme l’espère Nicolas Dupont-Aignan. Il restera malgré tout un paradoxe à résoudre pour la droite conservatrice, à savoir que c’est bien ce libéralisme économique, auquel elle est attachée, qui détruit les traditions qu’elle prétend défendre. D’une certaine histoire du beurre et de l’argent du beurre …

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