« Le président François Mitterrand disait « le nationalisme, c’est la guerre », c’est ce qu’il disait juste avant de quitter ses fonctions en 1995. Eh bien le multilatéralisme est l’antidote au nationalisme. »

Jean-Marc Ayrault, Conférence sur la sécurité, Munich, 18 février 2017.

La quintessence de la pensée du PS résumée en deux phrases par le ministre des Affaires étrangères français.

Avec la démonstration pratique qui arrive deux paragraphes plus loin :

« C’est toujours cette approche multilatérale, sous l’égide des Nations unies, que nous cherchons. Nous cherchons à faire prévaloir cette approche pour trouver une issue politique au conflit syrien. Sigmar Gabriel et moi-même, nous avons organisé, hier, à Bonn, une réunion des pays qui ont compris qu’il n’y aurait pas de paix et de stabilité durables en Syrie sans une transition politique, les « like-minded countries ». C’est à cette transition qu’il nous faut travailler et il faut le faire à Genève, dans le cadre des négociations qui reprendront la semaine prochaine sous l’égide des Nations unies et dans le cadre de la résolution 2254. »

Les « like minded countries » c’est le groupe des affinitaires, les sponsors des « jihadistes modérés » qui font de moins en moins « du bon boulot en Syrie ». Plus difficile de parler de « communauté internationale » maintenant que le « leader du monde libre » veut se faire la malle.

Un multilatéralisme affinitaire donc, finalement pas si « ouvert et inclusif » que cela si on comprend bien le sens des mots. Les nations étant la guerre, il faut donc les détruire par la guerre pour s’assurer qu’elles ne puissent pas faire la guerre. L’antidote est donc la guerre contre la guerre. Bref, tuer les tous, Dieu reconnaîtra les siens.

Le nouveau conseiller à la sécurité nationale a été nommé : Herbert McMaster. Il ne serait que le troisième choix. Deux personnes ont déclaré avoir été approchées pour remplacer Michael Flynn. Bob Harward déclina parce qu’on lui aurait dit qu’il ne pouvait pas constituer sa propre équipe. David Petraeus aurait aussi décliné l’offre. Ce serait la présence non négociable de Steve Bannon qui les aurait refroidis. On pourrait en déduire que ce n’est qu’une concession de forme de la nouvelle présidence face à l’opposition virulente médias-agences de renseignement et que le fond, une détente vis à vis de la Russie, reste d’actualité. Si Bob Harward a qualifié le poste de « shit sandwich », c’est qu’il n’avait visiblement pas le choix de l’assaisonner à son goût.

Difficile à ce stade de juger des opinions politiques du général Herbert Mc Master. Il serait moins opposé à l’Iran que Michael Flynn. Il a fortement critiqué par le passé l’impréparation des forces américaines, autant par leur trop grande confiance en leur supériorité technologique que leur peu de connaissances des peuples des pays où les États-Unis intervenaient.

Si l’on ne connaît pas précisément, dans l’immédiat, la raison première de la démission de Michael Flynn ; la rébellion des agences de renseignement est maintenant apparue un peu plus clairement, de même que sa dangerosité couplée avec les médias génériques. Pas de nouvelles cette semaine quant à leur audition envisagée ; on ne sait pas si Stephen Feinberg a accepté la tâche, digne du nettoyage des écuries d’Augias. Mais il est possible d’être sélectif et laisser l’essentiel de la montagne de fumier aux futurs historiens.

Il est aussi impossible qu’il n’y ait que des renégats parmi les plusieurs centaines de milliers d’employés qui servent dans les agences de renseignement. Dans le cas où l’opposition agences de renseignement-médias devenait de plus en plus frontale, une structure de défaisance avec amnistie à la clé pour ceux qui dénonceraient les tentatives de renversement du président élu serait tout à fait utile. Il se trouvera bien quelques préretraités ou quelques recrues parmi les plus jeunes ayant ou retrouvant des notions de morale, de justice ou tout simplement de citoyenneté. Des déclarations incriminant le parti pris politique et le dépassement des prérogatives de ces agences depuis leur intérieur même permettraient de décrédibiliser l’univocité des tambours et trompettes médiatiques les plus bruyants.

All bark, no bite ?

La démission du conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn plonge certains commentateurs qui plaçaient beaucoup d’espoir dans la présidence Trump dans un profond désarroi. Il est vrai qu’il était l’un des architectes de la nouvelle politique étrangère de l’administration entrante. Mais, qui pouvait croire qu’il serait facile de reprendre la main sur une politique étrangère solidement ancrée depuis une trentaine d’années ? L’équipe entrante a frappé d’entrée en voulant réorganiser le Conseil de Sécurité Nationale. Plus concrètement, c’est maintenant le président ou le vice-président qui décide si la présence du Chef d’État Major des Armées et du Directeur du Renseignement National est requise au Conseil de Sécurité. Cela signifie, entre autres, que la CIA, agence indépendante qui est malgré tout chapeautée par le DRN en cette circonstance, peut-être dorénavant court-circuitée du CSN.

Bien sûr, le contrôle du renseignement – ou intelligence en anglais – est crucial puisque ce sont ces services qui disent ce qui est et ce qui n’est pas en la matière, que ce soit faux ou vrai. Et on connaît les caviardages et mensonges dont ont été coutumiers les services américains depuis quelques années ; de même que le parti pris pro-Clinton de la CIA lors de la campagne présidentielle.

La réplique des services de renseignement ne s’est pas faite attendre longtemps, autant pour défendre leur autonomie de décision que pour contrecarrer la politique d’apaisement avec la Russie voulue par la nouvelle administration. Cela signifie qu’il sera impossible d’impulser une nouvelle politique étrangère avant d’avoir repris un contrôle ferme des divers services de renseignement. Il serait absurde de purger entièrement tous les services, sinon ceux-ci ne pourraient plus fonctionner. Mais, comme lors de tout changement majeur de politique d’un pays, il suffit en général de contrôler les postes clés pour que le reste des fonctionnaires – l’intendance pour employer un terme gaullien – suive. Tous les fonctionnaires des administrations nazi, soviétique, fasciste, franquiste, vichyste, etc. n’ont pas été intégralement virés une fois ces régimes tombés et ont continué à constituer l’ossature des nouvelles administrations.

Cela ne signifie donc pas que c’est impossible. Et visiblement, Donald Trump et son entourage semblent vouloir s’atteler à la tâche puisqu’ils souhaiteraient nommer Stephen Feinberg pour auditionner lesdits services d’intelligence.

C’est une lutte acharnée pour ceux qui, au sein de ces services, et même à l’extérieur, refusent la réorientation de la politique étrangère de la présidence Trump. Leur ligne d’attaque visera cette politique de détente. Que ce soit sur le terrain en cherchant à intensifier les combats en Ukraine ou en Syrie, ou en attaquant Donald Trump sur ses liens supposés avec la Russie dans le but de le destituer. Les médias génériques ne seront pas en reste pour jeter de l’huile sur le feu. Il n’est donc pas anormal pour la nouvelle présidence de faire preuve de la plus grande prudence et accessoirement d’éviter d’être entraînée dans la chute de Michael Flynn en acceptant sa démission. D’où la nécessité aussi, de reprendre peu à peu la main sur les fonctionnaires de l’État fédéral américain, histoire de pouvoir placer des fusibles à des niveaux moins élevés.

On aurait beau jeu de choisir la neutralité d’un Glenn Greenwald et de déclamer en chœur avec les médias génériques, que Donald Trump appréciait les lanceurs d’alertes quand il était dans l’opposition mais beaucoup moins maintenant. Cette neutralité journalistique est tout à fait honorable. Mais, il y a quand même une différence qu’il ne faut pas oublier de mentionner, les Snowden et Manning l’ont fait en trahissant leur service (NSA) et donc en prenant le risque d’avoir toute la puissance de coercition de ces services aux trousses. Ceux d’aujourd’hui, le font protégés au sein même de ces services.

Il se dit que c’est dans la difficulté que se révèle le caractère de chacun. Il me semble prématuré d’abandonner tout espoir de changement de politique étrangère américaine avant même que Donald Trump ait cessé d’aboyer ou même essayer de mordre. Au fond, personne d’autre que lui-même ne peut dire s’il en est capable.

MAJ : 18/2/2017

 

Chansonnette : Le beau Danube bleu de Johann Strauss II par l’Orchestre philharmonique de Vienne.

Image : Michael Thomas Flynn, 2013 par Tom Williams.

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L’engagement 43 du programme présidentiel de Marine Le Pen me semblerait devoir figurer en 1 tant il conditionnerait la plupart des autres s’il était appliqué.

« Remettre de l’ordre dans nos finances publiques par la fin des mauvaises dépenses publiques (notamment celles liées à l’immigration et à l’Union européenne) et par la lutte contre la fraude sociale et fiscale. Sortir de la dépendance aux marchés financiers en autorisant à nouveau le financement direct du Trésor par la Banque de France. »

C’est un engagement en faveur de la réappropriation de la souveraineté monétaire de l’État. Une abrogation de l’article 123 du traité de Lisbonne , lui-même issu de l’article 104 du traité de Maastricht, serait nécessaire. Il n’est toutefois pas précisé si l’emprunt de l’État serait sans intérêts, s’il y aurait une limite à x milliards ou si l’on en resterait aux emprunts avec intérêts. Mais le début de la phrase : « sortir des marchés financiers » laisserait entendre une position maximaliste. Le programme de Jean-Luc Mélenchon étant payant, je ne sais si le même engagement y figure. Mais rien n’apparaît clairement sur son site à ce sujet. Comme il avait appelé à voter pour le traité de Maastricht en 1992 et à voter pour François Hollande au second tour en 2012, on peut sérieusement en douter.

Inutile de mentionner les deux autres prétendants potentiellement présidentiables. Bien entendu, tout cela n’est à ce stade qu’une promesses électorale. Mais si débat il y a, cela devrait permettre d’aborder quelques questions monétaires. Je suis étonné que le Front National ne cherche pas à se démarquer de ses concurrents en insistant sur cette différence fondamentale.

Renversement de front

La détente avec la Russie et le rejet du libre-échange multilatéral constituent des changements géopolitiques et économiques considérables. Ils semblent si pénalisants à court terme pour la domination américaine que beaucoup doutent de leurs mises en œuvre effectives. Pourtant, la domination de l’Amérique sous la férule d’une géopolitique néoconservatrice et d’un libre-échange multilatéral expansif, piloté par la finance et les grands actionnaires des firmes multinationales américaines, est condamnée, en particulier face à la Chine.

La détente avec la Russie signifierait le règlement du conflit ukrainien. L’arrêt du soutien au terrorisme islamique signifierait la fin du conflit en Irak et en Syrie. Précisément les deux foyers principaux de tensions qui permettent de couper les projets des nouvelles routes de la soie chinoises de leurs destinations finales ; en plus d’isoler l’Europe diplomatiquement et énergétiquement du reste de l’Eurasie.

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Les nouvelles routes de la soie. Source: Xinhua Finance Agency.

Ce ne serait ni plus ni moins, et en première approche, qu’un abandon de la géopolitique des Mackinder, Mahan et Spykman, objectif stratégique immuable depuis la domination mondiale de l’empire britannique puis des États-Unis. Un abandon de ce qui a toujours constitué l’identité de la thalassocratie anglo-saxonne, la grande lutte de la mer contre la terre, Poséidon contre les divinités telluriques ou chthoniennes de l’Eurasie ; premier déterminant de toute géopolitique qui se respecte.

12rimland Le rimland entourant le heartland de Nicholas Spykman. « Who controls the Rimland rules Eurasia ; who rules Eurasia controls the destinies of the world » Geography of the peace. 1944.

Mais l’Amérique abandonnerait aussi l’idéologie qui a accompagné et justifié sa domination : le libre-échange, tout du moins multilatéral.

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ALENA, TPP et TAFTA. Carte : Jérémie Fabre.

Retournement complet de perspective s’il en est. D’attaquant, l’Amérique deviendrait défenseur. Les zones de libre-échange, jusque-là promues par Washington, seraient vouées aux gémonies par la nouvelle administration. La Chine se retrouverait seule sur l’échiquier avec ses projets expansionnistes et ses zones de libre-échange : RCEP, FTAAP, OBOR et AIIB. De défenseur, la Chine deviendrait alors attaquant. Il lui serait bien plus difficile de perpétuer sa diplomatie du profil bas auprès des pays qu’elle rattache à ses infrastructures ; diplomatie qui lui a été si bénéfique jusqu’ici. Il lui suffisait alors de pointer l’expansionnisme et la dynamique belligène américaine auprès des nations du rimland pour faire avancer son agenda. Elle invite même régulièrement les États-Unis à participer à la réalisation de ses propres projets d’infrastructures économiques en Asie. En gros, elle demande simplement aux États-Unis de participer à la domination de la Chine sur le continent asiatique ! Un tel à propos vise avant tout à démasquer la géopolitique de duplicité et de double standard des États-Unis auprès des pays concernés par ces zones de libre-échange. Pourquoi devraient-ils accepter des zones de libre-échange aux standards américains plutôt que chinois au vu de la tentative de domination mondiale des États-Unis ? Car cela ne pourrait être alors qu’à sens unique. Ce discours devrait devenir nettement moins évident à maintenir auprès des pays concernés par ces infrastructures si les États-Unis pointent l’expansionnisme chinois pour ce qu’il est, en dénonçant toute forme de traité de libre-échange multilatéral, y compris les leurs.

Pour les États-Unis, l’objectif stratégique ne serait plus un contrôle du rimland en le ligotant dans des zones de libre-échange multilatérales aux profits des ses grandes firmes, mais un soutien aux nations du rimland pour les aider à se libérer du contrôle grandissant de l’expansionnisme chinois, si besoin en proposant des accords bilatéraux à la carte. De grand Satan, l’Amérique redeviendrait la libératrice, de nouveau apte à séduire et conquérir les cœurs. Objectif digne mais qui, aux yeux de beaucoup, apparaît aujourd’hui passablement surréaliste sorti du contexte d’une campagne électorale.

 

Mais la fin de la domination américaine n’était-elle pas inévitable ?

Les premières nations productrices de l’ère industrielle – Angleterre – Benelux – France – Suisse – Allemagne – États-Unis etc. ont eu, par ordre chronologique, un avantage concurrentiel et ont toujours cherché, une fois industrialisées, à s’ouvrir de nouveaux marchés. Durant cette seconde phase, tout protectionnisme est fortement combattu militairement et idéologiquement. Le libéralisme politique servant de caution morale au libéralisme économique. Ceux qui rechignent à adopter les mœurs politiques démocratiques d’ouverture aux marchandises et aux capitaux extérieurs recevront tout de même la démocratie aéroportée à coup de Paveway  et autres JDAM. Comme autrefois leurs ancêtres recevaient la visite des canonnières. Bien entendu, il y a de bonnes et de mauvaises démocraties selon qu’elles facilitent ou non la circulation des marchandises et des capitaux étrangers. Une méprise serait à ce stade fort regrettable pour le pays concerné. Bien sûr, avant que d’être libre-échangistes, les États-Unis n’ont pu s’affirmer sur la scène internationale qu’après avoir connu une longue période protectionniste, jamais véritablement achevée, en commençant par bouter les Anglais hors de leurs colonies des Amériques.

La financiarisation croissante de l’économie a permis aux nations premièrement industrialisées, la Grande-Bretagne en premier lieu, de perpétuer cette domination au-delà des capacités de production – matérielle, énergétique et démographique – de ladite nation. Elle permet de soutenir le taux de profit du capital que n’autorise plus la décroissance des rendements dans les secteurs productifs présents, en élargissant la spéculation sur la valeur de productions futures. D’où la nécessité vitale pour le capital accumulé passé de s’ouvrir de nouveaux marchés, qu’ils soient internes : l’innovation et la destruction créatrice, ou externes : la course aux colonies, aujourd’hui remplacée par la course au contrôle des zones de libre-échange. Les États-Unis suivirent l’exemple de leur glorieuse devancière pour perpétuer une domination – et sa profitabilité afférente – qui, physiquement ou productivement, n’avait plus vraiment lieu d’être. On pourrait situer l’abandon de la convertibilité du dollar en or comme prémisse à cette dernière phase de financiarisation de l’économie américaine, qui sera décuplée par l’arrivée des outils informatiques.

La Chine industrielle n’est que le maillon d’une longue chaîne commencée en Angleterre au XVIII° siècle avec la révolution industrielle. À la différence de ses devancières, elle possède un réservoir de main d’œuvre corvéable considérable dont la profitabilité n’est pas prête d’être concurrencée avant longtemps. Cette profitabilité immédiate du coût de main d’œuvre fonctionne comme un aimant irrésistible pour le capital occidental, en plus des perspectives alléchantes de consommation du marché chinois. L’ouverture, souvent décriée comme sélective, de l’économie chinoise dans cette phase d’industrialisation comporte de multiples avantages et autorise une turbo-industrialisation – pendant du turbo-capitalisme – que le meilleur des Gosplan protectionniste ne saurait permettre. On flatte ainsi le versant économique de l’idéologie libérale en rémunérant fortement les capitaux investis. Les tenants de l’idéologie libérale, dominants dans les cercles de décisions internationaux, seront alors moins regardants sur le versant politique de la chose. Le maintien d’une structure politique autoritaire forte, indépendante et non manipulable depuis l’extérieur n’en est que plus facilité et provoque peu de récriminations. De toute façon, il suffit à la Chine de fustiger en retour le protectionnisme des autres si on lui en fait le reproche. Cela facilite aussi des transferts de technologie qu’il aurait été impossible de pourvoir aussi rapidement. Le réservoir de main-d’œuvre bon marché est tellement vaste que ces transferts en provenance des nations déjà industrialisées sont maintenant épuisés avant même que d’avoir traverser le quart de ce réservoir. Aujourd’hui, il n’y a plus grand-chose que la Chine ne puisse concevoir par elle-même, et toujours avec un considérable réservoir de main-d’œuvre défiant toute concurrence et apte à séduire tout capital en quête de profitabilité.

Au regard des immenses capacités mobilisées par la Chine on ne parierait alors plus grand-chose sur l’économie financiarisée des États-Unis, ce tigre de papier tels que souvent qualifiés par les Chinois.

Que les mondialistes parviennent à leurs fins, et ils pourraient donner les clés du monde à la Chine. Assurément, s’il devait y avoir un gouvernement mondial, il ne serait ni à Washington, New York ou Londres mais à Pékin ou à Shanghai. D’ailleurs, la Chine invite explicitement tous les ploutocrates d’Occident à venir investir avec des rendements à la clé supérieurs à ce que pourrait jamais leur proposer l’Amérique de Trump. La Chine se pose désormais comme la gardienne du libre-échange. Cette élection américaine aura au moins eu le mérite de faire sortir tout le monde du bois.

Ce renversement de front ne serait, après tout, que la poursuite du cours de l’histoire : la nation la plus forte voit les autres se liguer contre elle pour tenter de faire contrepoids à sa puissance et à son hégémonie naissante. Pour l’Amérique, ce serait faire preuve d’un grand réalisme que d’admettre qu’elle n’est plus la nation indispensable. Et ce d’autant plus qu’un fort idéalisme continue de la guider ; autant spirituellement, son exceptionnalisme autoproclamé, que matériellement, un libéralisme politique – tant vanté – justifiant un libéralisme économique, mesure de toute chose dans l’Univers. Mais précisément, est-ce que ce débat sur les zones de libre-échange ne serait pas l’occasion, pour la société américaine, de remettre en cause cette doxa libérale ; d’apprendre à se désintoxiquer de sa propre propagande ? N’en sommes nous pas arrivés à un point où il devient évident, même pour le plus fieffé des Ayatollahs libéraux, que le libéralisme économique actuel s’oppose ouvertement au libéralisme politique ?  Assurément, que l’Amérique sorte indemne ou non de cette tentative de transition, elle ne sera jamais plus la même.

 

Chansonnette : L’Europe, Noir Désir.

Image : Statue of Liberty, Liberty Enlightening the World, hpaich, 2012. Architecte : Auguste Bartholdi, Ingénieur : Gustave Eiffel.

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Du plein et du vide

Un des aspects les plus inattendu de l’élection de Donald Trump est de laisser nombre d’opposants au mondialisme sur le carreau. Si la nouvelle administration enclenche une détente avec la Russie et son exigence multipolaire, ils verront s’évanouir leur meilleur ennemi. Si Donald Trump rejette le multilateralisme au profit du bilateralisme, il pourrait bien affaiblir le libre-échange sous contrôle des firmes multinationales, déjà mis à mal depuis la crise économique de 2007.

On a peine à y croire au pays des trusts et de leurs actionnaires ! Serait-ce un tour de passe-passe à la Sun Tzu pour mieux confondre ses adversaires ? Les premières réactions de cette administration semblent pourtant montrer que non.

La Russie s’était jusque-là bien accommodée de ce cheval fou qu’était le néo-conservatisme. En bon judoka, Vladimir Poutine a su retourner toute l’hybris  atlantiste contre elle, au plus grand profit de la Russie. Il en restera une Crimée dorénavant russe. Nul dirigeant ne jouit d’une telle popularité à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières. La Russie a repris pied au Moyen-Orient et son influence se fait sentir à l’échelle du globe. Toutefois, si cette poussée atlantiste cesse subitement, la contre-poussée russe risque de s’exercer dorénavant  dans le vide. C’est donc aussi une période de transition diplomatique pour la Russie. Sur les guerres syrienne et ukrainienne, l’entente semble facile à trouver si l’administration américaine arrive à reprendre la main sur la politique extérieure des États-Unis. Sur le bouclier anti-missiles aux portes de la Russie, cela sera moins évident. Ce n’est pas parce que les Américains abandonnent leur projet impérialiste unipolaire qu’ils vont cesser de vouloir être la première nation du monde. Vouloir dépasser l’équilibre des puissances que l’URSS a cherchée et su imposer a toujours fait partie des objectifs américains, détente ou pas. Une participation de la Russie à ce bouclier serait naturellement la solution la plus évidente, mais il n’est pas dit qu’elle soit facile à obtenir ni que la Russie puisse le souhaiter.

De la même manière tous ceux, en France, qui ont fondé leurs discours contre les États-Unis devraient se trouver forts désemparés. On peut penser à l’UPR de Francois Asselineau, car si l’ennemi déclaré est l’UE, les principaux coupables étaient jusque-là les États-Unis qui avaient contribué  à son édification selon leurs intérêts. Étrangement, l’Allemagne, principale bénéficiaire de cette construction alambiquée est rarement mentionnée avec la même animosité. Pourtant, l’on peut bien parler d’aigle à deux têtes même si l’une est plus forte que l’autre.

De même, ceux qui avaient fondé leur discours sur la disparition de la droite et de la gauche en un même conglomérat informe pourraient en être pour leurs frais. On peut penser ici, entre autres, au FN. Car, à partir du moment où la poussée impérialiste cesse, les anciennes dichotomies politiques devraient naturellement réapparaître et il ne sera alors plus prépondérant d’être pour ou contre l’impérialisme et ses avatars puisque il aura cessé d’être.

C’est d’ailleurs la faiblesse des positions uniquement contre ou opposé à ; une fois que ce quelque-chose disparaît, l’on disparaît avec. D’où l’importance de fonder des projets en positif qui procèdent de notre volonté propre et désignent un horizon autonome sans se laisser fixer par les turpitudes de la géopolitique et de l’économie. À cet égard, droite et gauche devraient retrouver droit de cité, sous une forme probablement différente de celle que l’on avait pu connaître par le passé. 

 

Chansonnette : Amerika par Rammstein

Image : Représentation de Sun Tzu.

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Raison d’être de ce blogue

Laurence Olivier, réalisateur et interprète de "Hamlet" en 1948. ©Rank

Carnet de notes ou pense-bête intellectuel sans prétention aucune. Je cherche aussi une autre manière d’utiliser Internet, moins passive et routinière. Il doit être assez pratique de commenter ce qui a été vu, lu ou entendu sur la toile … directement sur la toile ;  avant de trop souvent rapidement l’oublier. Mais je ne  limiterai pas mes commentaires à la blogosphère, j’espère que ma « cerveausphère » n’est pas encore totalement asservie au « http://www.cerveau-global », la bien nommée toile d’araignée mondiale. Je ferai donc profiter en retour cette technosphère arachnéenne – divinité moderne mortelle s’il en est – de quelques unes de mes élucubrations neuronales, parfois fort intriquées elles aussi. Qu’elle s’en débrouille.

Quant au style, ma foi, je ferai de mon mieux pour être compréhensible, même si ce ne sont là que des annotations que l’on gribouille en marge d’un cahier ou d’un livre et d’abord pour soi-même. Mais après tout, qu’y a-t-il de plus dans nos bibliothèques ?

« Les idées, rien n’est plus vulgaire. Les encyclopédies sont pleines d’idées, il y en a quarante volumes, énormes, remplis d’idées. (…) Mais ça n’est pas la question. Ce n’est pas mon domaine, les idées, les messages. Je ne suis pas un homme à message. Je ne suis pas un homme à idées Je suis un homme à style. »

Céline.

Citation copiée de cet article critique de Frédérique Leichter-Flack. Mais laissons le style aux stylistes, ce sont encore eux qui en parlent le mieux :

Lecteur en goguette, je te souhaite la bienvenue. Si le cœur et l’esprit t’en disent, tu es joyeusement convié à partager ma table, le temps d’une chansonnette.

 

Chansonnette : Tu mirá par Lole y Manuel

Image :  Rank. Laurence Olivier, réalisateur et interprète de « Hamlet » en 1948.

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