Je reviens brièvement sur quelques notions développées dans la première partie de l’article précèdent.

Si jusque récemment le détenteur de capital était dépendant de la main d’œuvre française pour produire des biens pour le marché national, ce qui octroyait de ce fait une capacité de négociation politique à celle-ci, il se détache peu à peu de cette dépendance au fur et à mesure des délocalisations. Mais ce faisant, il ne fait que remplacer une dépendance interne, nationale,  par une dépendance externe. Non pas directement à une main d’œuvre étrangère mais à ses représentants politiques.

C’est de ce compromis, ou de cette dépendance de classes, que naissait finalement l’indépendance nationale. En détruisant l’autonomie productive nationale, ce capital ne fait que consacrer la dépendance nationale à une autre entité politique, celle où sont produits les biens qu’il importe pour le marché national. C’est un jeu de vases communicants, tout en affaiblissant la capacité de négociation de l’entité politique dont il provient, il renforce celle dans laquelle il se délocalise. Ce capitalisme apatride court-termiste se retrouve alors confronté à une contradiction. Pour qu’il soit viable, aucune entité politique nationale où il se délocalise ne doit conserver de pouvoir qui pourrait le contraindre. Or, c’est bien en délocalisant les forces productives dans tel ou tel pays qu’il contribue à lui octroyer ce pouvoir. Dès lors, fort de cet accroissement de pouvoir qui lui est conféré, on ne voit pas bien pour quelle raison vaguement idéologique ce pays refuserait d’en user.

Il me semble que l’erreur d’interprétation des détenteurs de ce capital court-termiste est de croire que la création de richesses provient de l’investissement du capital alors qu’elle provient d’abord du travail de la main d’œuvre et que c’est après tout la plus grande richesse qui se puisse concevoir dans l’ordre des représentations économiques.

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Élections post-citoyennes

Si le citoyen-électeur producteur-consommateur était un rouage nécessaire du système productiviste, le citoyen-électeur consommateur, en lui devenant superflu, perd toute possibilité d’un rapport de force politique en son sein. Il sort de l’intermédiation politique qui est un rapport de force et, de ce fait, de sa qualité de citoyen. La majorité des travailleurs français ne font, pour l’essentiel, qu’entretenir la technostructure qui conditionne nos modes de vie au quotidien sans jamais en produire l’essentiel des objets qui en constituent la trame. Et qui eux, proviennent, pour leur plus grande part, de productions étrangères. Si la maintenance de cette technostructure rentre bien dans le calcul du PIB, celui-ci est un indicateur aveugle qui n’a que l’importance que les économistes et les journalistes veulent bien lui accorder.

Capture du 2017-06-18 15:47:48Principaux excédents ou déficits en 2016 (en milliards d’euros). Source : Douanes.

Pour caricaturer, la France vend des cachetons, des fromages et du pinard (IAA), du l’Oréal-LVMH en veux-tu en voilà, des Rafales et des Falcons. La direction d’Airbus ayant été généreusement octroyée à l’Allemagne, la part de production française dans Airbus ne cesse de décroître, même si elle est encore importante. Tout cela ne suffisant pas, hélas, à compenser tout ce qui est importé.

Capture du 2017-06-18 15:45:54Soldes bilatéraux 2016 : principaux excédents ou déficits (en milliards d’euros). Source : Douanes

Où l’on remarque que l’on aurait plutôt intérêt à soigner nos relations avec le Royaume-Uni. Et un peu plus à les durcir avec la Chine et l’Allemagne. Soit l’exact inverse de ce qui se fait actuellement. D’autant plus que l’un ne va pas sans l’autre étant donné la relation économique stratégique et complémentaire entre la Chine et l’Allemagne où l’UE laisse prospérer les importations chinoises pour satisfaire les intérêts allemands. Position d’échange inégal de l’Allemagne avec la majorité des pays de l’UE, illégal paraît-il selon les traités, mais qui s’en soucie tant que les organisations patronales prédominantes respectives peuvent ajuster par les salaires ce défaut dit de compétitivité. Il y a comme un air de déjà-vu à moustache.

 

L’abstention record, outre la réforme du quinquennat, est bien la preuve que l’électeur-consommateur ressent la superfluité de son opinion électorale même s’il ne la comprend pas toujours. Il est vrai que si 80 % de la production législative n’est qu’une application des directives européennes, on ne voit pas bien l’intérêt de continuer à se déplacer pour aller voter. Si en plus les GOPÉ sont maintenant édictées pendant l’entre-deux-tours, la superfluité du vote devient patente. Puis pour ceux qui avaient l’âge de voter, il y a le précédent du referendum de 2005 qui, à lui tout seul, indique que l’on est de toute façon résolument sorti des clous républicains zé démocratiques. Après vos dents, sans-culottes, cherchez vos caleçons. N’en jetez plus les gueux sont faits : parti unique, Assemblée croupion, ordonnances, état d’urgence ad vitam æternam, purges administrative et médiatique en mode parano. France, patrie des droits de l’homme et de ses chers citoyens mon citoyen, merci et au revoir. Bisous Montesquieu, on t’aimait bien quand même.

Remarquez aussi comment la confrérie des routiers a été chouchoutée durant l’interlude électoral. Il est vrai que ce sont eux qui avaient permis d’annihiler la contestation contre la Loi Khomri-Macron made in Commission européenne, en allant au ravito hydrocarbure chez nos voisins, alors que dépôts et raffineries avaient été bouclés par les plus vaillants. Le kapo a toujours droit à un zuzucre, surtout s’il peut encore être utile. Méthodique on vous dit, éparpillée façon puzzle l’opposition contestataire. Quant à l’opposition qui ne conteste pas trop parce qu’elle aimerait bien rester un peu médiatico-compatible, elle semble bien divisée. Le mot d’ordre chez FI est resté le même : tout sauf FN, mort aux fachos. Il se trouvera bien quelques gogos d’en face pour leur répondre sus aux gauchos. Poil au dos. Le CNR, c’était il y a longtemps, un temps que les moins de quatre-vingt-dix ans ne peuvent pas connaître. Si les partis du grand capital apatride et sans saveur ont réussi leur mue de l’alternance à parti unique, les sans-culottes sans-dents ferraillent au pied du banquet des banquiers, la gueule grande ouverte, espérant bien intercepter les plus grosses miemiettes et s’imaginant probablement encore avoir suffisamment de laine sur le dos. Pourtant, quand l’hiver fut venu …

 

Chansonnette : Edelweiss, générique de la série The Man in the High Castle, tirée du roman de Philip Kindred Dick.

Image : 1984, Michael Radford, 1984. Adapté du roman 1984, de George Orwell, 1949.

Licence Creative Commons

J’ai écouté le débat de second tour hier soir. Je ne m’étendrai pas sur le fond mais sur la forme ou rhétorique médiatique.

Je trouve que Marine le Pen a trouvé la bonne réponse face à la diffamatoire et infamante accusation d’extrémisme d’Emmanuel Macron mais qu’elle se laisse malgré tout trop enfermer dans cette qualification répétée ad nauseam sans réagir assez vite ni suffisamment. La réponse immédiate de collaborationnisme à toute accusation d’extrémisme est la bonne. Elle renvoie à une réalité passée honteuse dans notre histoire mais elle renvoie aussi à une réalité présente qu’il est immédiatement possible de mettre en parallèle. Elle désamorce consécutivement l’accusation d’extrémisme – qui sous-tend implicitement dans ce cas la qualification de fasciste – car comment quelqu’un qui s’oppose à la collaboration pourrait être un fasciste puisque, historiquement, c’est la collaboration avec le nazisme allemand qui était un fascisme et un extrémisme. Cette réponse me semble moins caricaturale que l’expression « Quatrième Reich » utilisée par Marie-France Garaud par exemple, permettant d’éviter l’insulte à pays étranger en se concentrant sur un problème de notre ressort et de cette attitude bien française.

Plus prosaïquement, mais malgré tout en rimes, toute qualification de facho appelle la réponse immédiate de collabo, toute qualification d’extrémisme appelle la réponse immédiate de collaborationnisme. Qui ne dit mot consent.

L’alliance électorale entre Nicolas Dupont-Aignan et Marine le Pen est un des points saillants de la campagne de deuxième tour. C’est une tentative supplémentaire de briser ce front médiatique dit républicain qui appuie sur ce plafond de verre de toute sa malhonnêteté intellectuelle. Car, même si le Front National a une histoire, force est de reconnaître qu’il n’a, dans les faits, rien d’anti-républicain.

C’est une alliance qui conduit, bien que le FN s’en défende, à une reconfiguration importante de son discours médiatique qui va au-delà de ce qu’aurait réclamé une simple alliance entre deux projets identiques à 90 %. Le FN profite de cette alliance pour adoucir considérablement ses positions revendicatives au sujet de l’euro et de l’UE. Si la sortie de l’euro n’est plus la priorité, cela signifie qu’une politique économique souveraine ou patriote est applicable dans ce cadre-là selon le FN. Cet infléchissement du discours nous révèle beaucoup de la pusillanimité des électeurs français et en particulier de ceux qui votent pour le parti Les Républicains (qui comprend une grande proportion de retraités) à qui ce discours s’adresse en priorité. Quinze jours ou un mois de campagne présidentielle semblent insuffisants pour envisager l’émergence d’un débat essentiel qui a été déformé par trente ans de matraquage médiatique et d’intimidations envers les épargnants en cas de sortie de l’euro. Cela, alors même que l’épargne des retraités est, dans les faits, réellement menacée par les directives de l’UE (bail-in).

Cette distorsion du champ politique par les médias dominants est une donnée incontournable dans tout calcul électoral. Plus que sur une argumentation raisonnée, il apparaît alors nécessaire de s’appuyer, ou tout du moins de prendre en compte, l’artefact émotionnel crée par ceux-ci dans tout discours électoral se voulant le plus rassembleur possible. Les 0,92 % de l’UPR au premier tour en témoignent aussi à leur façon. Si concomitamment à la concentration de plus en plus importante des médias dans un nombre toujours plus restreint de mains on assiste à la prolifération d’opinions diverses et indépendantes sur Internet ; il semble que cela s’avère insuffisant pour contrer le discours des médias de diffusion de masse, contrairement au rôle joué aux États-Unis par les médias alternatifs lors des dernières élections présidentielles. On peut évoquer plusieurs raisons à cela. L’absence d’un WikiLeaks et d’un Breibart francophones ; même si Égalité & Réconciliation à une certaine audience, ses positions ne recouvrent pas celles du FN ou de son électorat et aucun média alternatif n’a les capacités d’alerte ou d’investigation d’un WikiLeaks. Une plus faible pénétration des outils informatiques et d’utilisation d’Internet parmi la population la plus âgée comparativement aux États-Unis. Et, bien sûr, l’unanimisme médiatique qui règne en maître sur tout ce qui touche à l’UE et à l’euro depuis trente ans.

L’avenir dira si cette alliance est un tournant dans la recomposition de la droite française comme l’espère Nicolas Dupont-Aignan. Il restera malgré tout un paradoxe à résoudre pour la droite conservatrice, à savoir que c’est bien ce libéralisme économique, auquel elle est attachée, qui détruit les traditions qu’elle prétend défendre. D’une certaine histoire du beurre et de l’argent du beurre …

« – CNR, mon fier CNR, ne vois-tu rien venir ?

– Je ne vois rien que les médias qui merdoient et les François qui plussoient. »

La présidence Trump aura donc fait illusion, du moins à l’étranger, moins d’un trimestre. En donnant de plus en plus de gages à la géopolitique néoconservatrice, elle démontre son impuissance à la combattre et met aussi en porte-à-faux son projet politique en matière économique à l’international (opposition aux grands traités de libre-échange), dénaturant ainsi toute la cohérence du projet électoral que l’on pouvait malgré tout y trouver.

Les lubies du siècle américain et autre monde unipolaire sous la coupe normative de la puissance américaine continuent donc de prévaloir outre-atlantique. Cela malgré un rapport de force en matière économique, en particulier avec la Chine, qui le lui autorise et autorisera de moins en moins. C’est à mon avis contre-productif et ne rendra la chute de l’empire, et de son emprise idéologique, que plus difficile car moins anticipée.

Cette action unilatérale montre aussi la force et la permanence des déterminismes géopolitiques depuis deux siècles tout autant que la faiblesse des États-Unis de Trump qui, pas plus que les États-Unis d’Obama n’indiquent qu’ils n’ont l’intention ou les moyens d’intervenir massivement au sol pour retourner une tendance qui leur serait défavorable.

Donald Trump n’a pas su purger la communauté des services de renseignement hostile à une réorientation politique et se retrouve empêtré dans ses rets. Avis à celles et ceux qui, en Europe, devraient faire face à la même situation d’hostilité de la part de leur administration.

Quant à l’efficacité strictement militaire de cette attaque, elle est plus que douteuse. Tout le monde semble avoir été prévenu à l’avance des détails des frappes à venir ; Russes compris, qui auraient donc facilement pu avertir leur allié syrien à l’avance. La piste d’atterrissage a volontairement été épargnée par les Américains sans que l’on sache pourquoi si bien qu’elle a pu être réutilisée dès le lendemain par l’armée syrienne. Bref, un joli et cher feu d’artifice, qui a quand même provoqué des morts mais qui, en dehors des interventionnistes de tout poil, faucons de droite ou humanitaristes de gauche, n’aura pas convaincu grand monde.

« Le président François Mitterrand disait « le nationalisme, c’est la guerre », c’est ce qu’il disait juste avant de quitter ses fonctions en 1995. Eh bien le multilatéralisme est l’antidote au nationalisme. »

Jean-Marc Ayrault, Conférence sur la sécurité, Munich, 18 février 2017.

La quintessence de la pensée du PS résumée en deux phrases par le ministre des Affaires étrangères français.

Avec la démonstration pratique qui arrive deux paragraphes plus loin :

« C’est toujours cette approche multilatérale, sous l’égide des Nations unies, que nous cherchons. Nous cherchons à faire prévaloir cette approche pour trouver une issue politique au conflit syrien. Sigmar Gabriel et moi-même, nous avons organisé, hier, à Bonn, une réunion des pays qui ont compris qu’il n’y aurait pas de paix et de stabilité durables en Syrie sans une transition politique, les « like-minded countries ». C’est à cette transition qu’il nous faut travailler et il faut le faire à Genève, dans le cadre des négociations qui reprendront la semaine prochaine sous l’égide des Nations unies et dans le cadre de la résolution 2254. »

Les « like minded countries » c’est le groupe des affinitaires, les sponsors des « jihadistes modérés » qui font de moins en moins « du bon boulot en Syrie ». Plus difficile de parler de « communauté internationale » maintenant que le « leader du monde libre » veut se faire la malle.

Un multilatéralisme affinitaire donc, finalement pas si « ouvert et inclusif » que cela si on comprend bien le sens des mots. Les nations étant la guerre, il faut donc les détruire par la guerre pour s’assurer qu’elles ne puissent pas faire la guerre. L’antidote est donc la guerre contre la guerre. Bref, tuer les tous, Dieu reconnaîtra les siens.

Le nouveau conseiller à la sécurité nationale a été nommé : Herbert McMaster. Il ne serait que le troisième choix. Deux personnes ont déclaré avoir été approchées pour remplacer Michael Flynn. Bob Harward déclina parce qu’on lui aurait dit qu’il ne pouvait pas constituer sa propre équipe. David Petraeus aurait aussi décliné l’offre. Ce serait la présence non négociable de Steve Bannon qui les aurait refroidis. On pourrait en déduire que ce n’est qu’une concession de forme de la nouvelle présidence face à l’opposition virulente médias-agences de renseignement et que le fond, une détente vis à vis de la Russie, reste d’actualité. Si Bob Harward a qualifié le poste de « shit sandwich », c’est qu’il n’avait visiblement pas le choix de l’assaisonner à son goût.

Difficile à ce stade de juger des opinions politiques du général Herbert Mc Master. Il serait moins opposé à l’Iran que Michael Flynn. Il a fortement critiqué par le passé l’impréparation des forces américaines, autant par leur trop grande confiance en leur supériorité technologique que leur peu de connaissances des peuples des pays où les États-Unis intervenaient.

Si l’on ne connaît pas précisément, dans l’immédiat, la raison première de la démission de Michael Flynn ; la rébellion des agences de renseignement est maintenant apparue un peu plus clairement, de même que sa dangerosité couplée avec les médias génériques. Pas de nouvelles cette semaine quant à leur audition envisagée ; on ne sait pas si Stephen Feinberg a accepté la tâche, digne du nettoyage des écuries d’Augias. Mais il est possible d’être sélectif et laisser l’essentiel de la montagne de fumier aux futurs historiens.

Il est aussi impossible qu’il n’y ait que des renégats parmi les plusieurs centaines de milliers d’employés qui servent dans les agences de renseignement. Dans le cas où l’opposition agences de renseignement-médias deviendrait de plus en plus frontale, une structure de défaisance avec amnistie à la clé pour ceux qui dénonceraient les tentatives de renversement du président élu serait tout à fait utile. Il se trouvera bien quelques préretraités ou quelques recrues parmi les plus jeunes ayant ou retrouvant des notions de morale, de justice ou tout simplement de citoyenneté. Des déclarations incriminant le parti pris politique et le dépassement des prérogatives de ces agences depuis leur intérieur même permettraient de décrédibiliser l’univocité des tambours et trompettes médiatiques les plus bruyants.

All bark, no bite ?

La démission du conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn plonge certains commentateurs qui plaçaient beaucoup d’espoir dans la présidence Trump dans un profond désarroi. Il est vrai qu’il était l’un des architectes de la nouvelle politique étrangère de l’administration entrante. Mais, qui pouvait croire qu’il serait facile de reprendre la main sur une politique étrangère solidement ancrée depuis une trentaine d’années ? L’équipe entrante a frappé d’entrée en voulant réorganiser le Conseil de Sécurité Nationale. Plus concrètement, c’est maintenant le président ou le vice-président qui décide si la présence du Chef d’État Major des Armées et du Directeur du Renseignement National est requise au Conseil de Sécurité. Cela signifie, entre autres, que la CIA, agence indépendante qui est malgré tout chapeautée par le DRN en cette circonstance, peut-être dorénavant court-circuitée du CSN.

Bien sûr, le contrôle du renseignement – ou intelligence en anglais – est crucial puisque ce sont ces services qui disent ce qui est et ce qui n’est pas en la matière, que ce soit faux ou vrai. Et on connaît les caviardages et mensonges dont ont été coutumiers les services américains depuis quelques années ; de même que le parti pris pro-Clinton de la CIA lors de la campagne présidentielle.

La réplique des services de renseignement ne s’est pas faite attendre longtemps, autant pour défendre leur autonomie de décision que pour contrecarrer la politique d’apaisement avec la Russie voulue par la nouvelle administration. Cela signifie qu’il sera impossible d’impulser une nouvelle politique étrangère avant d’avoir repris un contrôle ferme des divers services de renseignement. Il serait absurde de purger entièrement tous les services, sinon ceux-ci ne pourraient plus fonctionner. Mais, comme lors de tout changement majeur de politique d’un pays, il suffit en général de contrôler les postes clés pour que le reste des fonctionnaires – l’intendance pour employer un terme gaullien – suive. Tous les fonctionnaires des administrations nazi, soviétique, fasciste, franquiste, vichyste, etc. n’ont pas été intégralement virés une fois ces régimes tombés et ont continué à constituer l’ossature des nouvelles administrations.

Cela ne signifie donc pas que c’est impossible. Et visiblement, Donald Trump et son entourage semblent vouloir s’atteler à la tâche puisqu’ils souhaiteraient nommer Stephen Feinberg pour auditionner lesdits services d’intelligence.

C’est une lutte acharnée pour ceux qui, au sein de ces services, et même à l’extérieur, refusent la réorientation de la politique étrangère de la présidence Trump. Leur ligne d’attaque visera cette politique de détente. Que ce soit sur le terrain en cherchant à intensifier les combats en Ukraine ou en Syrie, ou en attaquant Donald Trump sur ses liens supposés avec la Russie dans le but de le destituer. Les médias génériques ne seront pas en reste pour jeter de l’huile sur le feu. Il n’est donc pas anormal pour la nouvelle présidence de faire preuve de la plus grande prudence et accessoirement d’éviter d’être entraînée dans la chute de Michael Flynn en acceptant sa démission. D’où la nécessité aussi, de reprendre peu à peu la main sur les fonctionnaires de l’État fédéral américain, histoire de pouvoir placer des fusibles à des niveaux moins élevés.

On aurait beau jeu de choisir la neutralité d’un Glenn Greenwald et de déclamer en chœur avec les médias génériques, que Donald Trump appréciait les lanceurs d’alertes quand il était dans l’opposition mais beaucoup moins maintenant. Cette neutralité journalistique est tout à fait honorable. Mais, il y a quand même une différence qu’il ne faut pas oublier de mentionner, les Snowden et Manning l’ont fait en trahissant leur service (NSA) et donc en prenant le risque d’avoir toute la puissance de coercition de ces services aux trousses. Ceux d’aujourd’hui, le font protégés au sein même de ces services.

Il se dit que c’est dans la difficulté que se révèle le caractère de chacun. Il me semble prématuré d’abandonner tout espoir de changement de politique étrangère américaine avant même que Donald Trump ait cessé d’aboyer ou même essayer de mordre. Au fond, personne d’autre que lui-même ne peut dire s’il en est capable.

MAJ : 18/2/2017

 

Chansonnette : Le beau Danube bleu de Johann Strauss II par l’Orchestre philharmonique de Vienne.

Image : Michael Thomas Flynn, 2013 par Tom Williams.

Licence Creative Commons

L’engagement 43 du programme présidentiel de Marine Le Pen me semblerait devoir figurer en 1 tant il conditionnerait la plupart des autres s’il était appliqué.

« Remettre de l’ordre dans nos finances publiques par la fin des mauvaises dépenses publiques (notamment celles liées à l’immigration et à l’Union européenne) et par la lutte contre la fraude sociale et fiscale. Sortir de la dépendance aux marchés financiers en autorisant à nouveau le financement direct du Trésor par la Banque de France. »

C’est un engagement en faveur de la réappropriation de la souveraineté monétaire de l’État. Une abrogation de l’article 123 du traité de Lisbonne , lui-même issu de l’article 104 du traité de Maastricht, serait nécessaire. Il n’est toutefois pas précisé si l’emprunt de l’État serait sans intérêts, s’il y aurait une limite à x milliards ou si l’on en resterait aux emprunts avec intérêts. Mais le début de la phrase : « sortir des marchés financiers » laisserait entendre une position maximaliste. Le programme de Jean-Luc Mélenchon étant payant, je ne sais si le même engagement y figure. Mais rien n’apparaît clairement sur son site à ce sujet. Comme il avait appelé à voter pour le traité de Maastricht en 1992 et à voter pour François Hollande au second tour en 2012, on peut sérieusement en douter.

Inutile de mentionner les deux autres prétendants potentiellement présidentiables. Bien entendu, tout cela n’est à ce stade qu’une promesses électorale. Mais si débat il y a, cela devrait permettre d’aborder quelques questions monétaires. Je suis étonné que le Front National ne cherche pas à se démarquer de ses concurrents en insistant sur cette différence fondamentale.